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Répondre aux enjeux d'employabilité des jeunes diplômés camerounais

Pr. Roger TASAFACK NANFOSSO, Recteur de l'Université de Dschang

La Chaire Pierre Castel Systèmes alimentaires et entrepreneuriat en Afrique est pilotée au Cameroun par la FASA de l'Université de Dschang. Son dispositif de formation et de professionnalisation a accueilli 9 ingénieurs agronomes issus des trois dernières promotions de l’université. Quel en est le bilan à ce stade de l'année d'expérimentation ?

Interview avec Pr. Roger TSAFACK NANFOSSO, Recteur de l'Université de Dschang et membre du Comité d'Orientation Stratégique de la Chaire

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Comment la Chaire s'incrit-elle dans la stratégie de développement de la FASA et de l'Université de Dschang ?

La FASA est héritière de l’une des plus anciennes institutions de formation supérieure agronomique en Afrique subsaharienne. Elle est issue des cendres de l’École Nationale Camerounaise d'Agriculture (ENCA) créée en 1960. Au fil du temps, des réformes institutionnelles et particulièrement la réforme de l’enseignement supérieur au Cameroun en 1993 vont conduire à la création de l’Université de Dschang, avec la mutation de l’Institut National de Développement Rural (INADER) en Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA) de l’Université de Dschang.
À ses débuts, la formation supérieure agronomique a été le moyen pour un État jeune comme le Cameroun, de préparer les cadres de l’administration publique et le personnel technique de l’encadrement agricole. De nos jours, les principaux défis du pays concernent entre autres, l’emploi des jeunes agronomes qui ne sont plus systématiquement recrutés à la fonction publique, et à qui les entreprises privées ne peuvent plus garantir un emploi. 

Au fil des ans, et en lien avec les évolutions socioéconomiques et politiques, la professionnalisation s’impose de plus en plus comme levier cardinal du développement de l’Université de Dschang particulièrement dans le cadre de la formation des Ingénieurs Agronomes assurée par la FASA. Il s’agit de préparer des diplômés dotés de compétences pour relever les défis des situations professionnelles liées au métier d’ingénieur agronome, qu’ils soient en emploi privé ou public, mais aussi et surtout de renforcer les capacités de ces futurs ingénieurs dans la perspective de la création par certains d’entre eux, de leurs propres entreprises. L’équation à plusieurs inconnues à résoudre ici est bien comment accompagner les jeunes diplômés agronomes afin qu’ils puissent trouver de la motivation pour se lancer dans la création d’entreprise, et surtout comment les accompagner une fois qu’ils sont porteurs de projets de création d’entreprise. Sur ce plan, le chantier est énorme et les défis immenses dans un contexte où, inculquer à la jeunesse les perspectives d’auto-emploi après la formation est à la fois un enjeu et un réel défi. À cet effet, la FASA déploie depuis plusieurs années diverses stratégies pour y parvenir : une ferme d’application et de recherche intégrée au dispositif d’enseignement, des stages académiques en entreprise, des voyages d’études vers le secteur privé, la participation des chefs d’entreprises à l’animation de certains enseignements, l’organisation de conférences et séminaires animés par des chefs d’entreprises, des enseignements portant sur la création d’entreprise. Aussi, sur le plan général, l’Université de Dschang promeut des dispositifs dédiés à l’accompagnement de l’innovation et de l’esprit d’entreprise chez les jeunes, à l’instar du Centre d'Appui à la Technologie, à l'Innovation et à l'Incubation à l'Université de Dschang (Cati2-UDs). 

La création de la Chaire Pierre Castel et son implantation à l’Université de Dschang renforcent cette dynamique. Il s’agit pour notre Université de se doter des dispositifs et des moyens pour accompagner ses diplômés à la création d’entreprises pérennes. La Chaire Pierre Castel est mise en place à l’Université de Dschang pour participer à cette mission, mais aussi pour contribuer à l’avènement d’une génération « Pierre Castel » de jeunes entrepreneurs audacieux et capables d’innovations dans les domaines agricoles et alimentaires. L’insertion des jeunes sélectionnés dans le cadre de la Chaire dans les entreprises du Groupe Castel participe de cette volonté d’immersion dans know how de cet homme d’exception qui a su inventer et créer la richesse dans de nombreux endroits du monde, et particulièrement en Afrique.

  A quels défis majeurs présents au Cameroun, le dispositif de formation et de professionalisation de la Chaire répond-il ?

Le grand défi planétaire et pas seulement camerounais est celui de l’employabilité des jeunes en général, et des jeunes diplômés en particulier. Il s’agit dans ce contexte d’accompagner les jeunes diplômés à l’auto-emploi à travers la création d’entreprises. Ce faisant, la Chaire participe de la stratégie de lutte contre le chômage des jeunes diplômés. Sur un autre plan, celui de la professionnalisation des formations portée par le Ministère de l’Enseignement supérieur, le dispositif d’accompagnement de la Chaire participe aussi de l’expérimentation d’un outil de professionnalisation que pourraient promouvoir les universités camerounaises, voire africaines.  

  Au terme de cette première année d'expérimentation, quel bilan tirez-vous de la Chaire et quelles sont vos perspectives d'amélioration , évolution ? 

Cette première année d’existence de la Chaire a été tout d’abord l’occasion de solliciter et d’obtenir l’onction de la plus haute autorité de notre ministère, à savoir Monsieur le Ministre d’État Ministre de l’enseignement supérieur, qui par son parrainage a rassuré l’Université et les partenaires que l’objectif recherché à travers la création de cette Chaire est en droite ligne des priorités de son département ministériel notamment en termes d’accompagnement à l’employabilité et à l’auto-emploi des jeunes diplômés. La Chaire a bénéficié du soutien du Fonds Pierre Castel et de celui du Ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères pour l’aménagement et l’équipement d’un espace à l’Université de Dschang dédié à l’accueil des jeunes désireux de bénéficier de l’accompagnement de la Chaire. Des enseignants de l’Université de Dschang et des chefs d’entreprises ont participé aux premiers jalons de construction de la Chaire avec déjà à l’actif des modules de renforcement de capacités des porteurs de projets d’entreprises qui ont été mis en œuvre au bénéfice des stagiaires accueillis par la Chaire. Des partenariats ont été noués avec des entreprises pour l’accueil en stage des jeunes accompagnés par la Chaire.
Dans le cadre de cette première année expérimentale encore en cours, la Chaire accompagne 09 jeunes agronomes diplômés de l’Université de Dschang (stagiaires de la Chaire), et porteurs de projets de création d’entreprise, qui ont suivi pendant deux mois des séminaires de renforcement de capacités à Dschang. Ils sont en ce moment en stage dans des entreprises pour côtoyer les gestionnaires d’entreprises, les écouter, les observer et apprendre comment, au jour le jour, une entreprise est organisée et gérée pour affronter les défis et réaliser ses projets. Au terme de ce stage en entreprise, et enrichis des acquis des séminaires de renforcement de capacités à la Chaire, ces jeunes vont maturer leurs projets d’entreprise, et nous l’espérons, poursuivre la concrétisation pour que leur entreprises passent du rêve à la réalité.

  Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui ont intégré le disposif cette première année ? 

À ces jeunes qui font partie de la promotion pionnière de la Chaire, je leur dis d’être conscients de ce que le sérieux et la détermination dont ils feront preuve aideront à consolider et à poursuivre la construction de la Chaire dont l’intérêt pour la jeunesse et particulièrement nos jeunes diplômés n’est plus à démontrer. Ils doivent être conscients que désormais, tout en séjournant à l’Université, ils sont dans un autre registre de formation, et doivent davantage développer le réflexe de saisir, de capitaliser les appuis multiformes que leur offre la Chaire pour construire leurs projets d’entreprise et les transformer en réalité. Ils doivent être conscients de ce que le chemin vers des entreprises qui réussissent est parsemé de défis qui ne doivent pas faire baisser les bras. Ils doivent être suffisamment proactifs pour observer et lire dans l’environnement socioéconomique les éléments, mieux les signaux à prendre en compte pour adapter, orienter et conduire leurs projets.

Ils doivent toujours garder à l’esprit que dans un contexte où l’État et le secteur Privé ne peuvent assurer l’emploi à un effectif toujours grandissant de diplômés, ils ont emprunté le bon chemin, celui de mettre à profit leur formation de base d’Ingénieur Agronome pour créer leur propre entreprise. 

 

A PROPOS
Créée en 1993, la FASA est l'une des 7 institutions d'enseignement supérieur de l'Université de Dschang. Présente dans 5 zones agro-écologiques du Cameroun, les principales missions de la FASA sont axées autour de la formation sur les productions agricoles, la sécurité alimentaire et le développement durable, la recherche basée sur les priorités nationales et régionales pour répondre aux défis du développement durable; et l'appui au développement à travers des études, conseils et formations continues. Pour favoriser l'accès à l'entrepreneuriat, la FASA a mis en place en 2018, un incubateur, le Centre d'Appui à la Technologie, à l'Innovation et à l'Incubation (CATi2-UDs).